Le blog de l'écrivaine féministe Martine Storti vous présente son roman, ses écrits sur le mouvement de libération des femmes après mai 68, sur le réseau francophone de l'éducation d'urgence, ainsi que sur d'autres sujets.
Martine Storti
Martine Storti
Accueil arrow Textes amis
 
Accueil
Bloc-notes
Mes livres
Education urgence
Ecrits
Mémoires
Biographie
Liens
Contact
Mentions légales
Textes amis
Plan du site
Textes amis
Jacques Prévert : La chasse à l'enfant Version imprimable Suggérer par mail

Poème écrit par Prévert lors de la révolte de la colonie pénitentiaire de Belle-île en mer (1934)

 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu'est-ce que c'est que ces hurlements


Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant


Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s'est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant


Pour chasser l'enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s'y sont mis
Qu'est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !
Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau.

Jacques Prévert (Extrait de Paroles, éditions Gallimard)

 
 
Douce France : rafles, rétentions, expulsions Version imprimable Suggérer par mail

Olivier LE COUR GRANDMAISON (dir.), Douce France : rafles, rétentions, expulsions , Paris : Seuil / RESF , oct. 2009 

Résumé présenté par l'auteur 

Nous connaissons les existences et les espoirs ruinés de ceux qui sont raflés placés en centre de rétention, puis forcés d’embarquer dans des avions ou des navires à destination de leur pays d’origine. Telle est la situation qui nous porte à écrire, telle est la raison d’être de ce livre : témoigner, penser, résister, autant que faire se peut. »

Élaboré avec le Réseau Éducation Sans Frontières (RESF), Douce France est un livre engagé, rédigé par des spécialistes. De façon méthodique et pluridisciplinaire, il explore la politique migratoire menée par la France. Approches historiques, sociologiques, psychanalytiques et juridiques se complètent ici pour dresser le tableau inquiétant d’une politique indigne.

Publié sous la direction d’Olivier Le Cour Grandmaison maître de conférences en philosophie et sciences politiques à l’Université d’Évry-Val-d’Essonne, il rassemble des contributions de : Marc Bernardot professeur de sociologie, Alain Brossat professeur de philosophie, Armando Cote psychanalyste, Jérôme Valluy maître de conférences, Nicolas Ferran permanent de la Cimade, Serge Slama maître de conférences, Serge Portelli magistrat, Seloua Luste Boulbina chercheuse associée, Claire Rodier chargée d’étude au Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI) ainsi qu’une vingtaine de témoignages de sans-papiers.

 
Du consentement, Geneviève Fraisse Version imprimable Suggérer par mail

"Consentement" :  le mot est souvent dans l'actualité, par exemple pour nous parler des femmes qui portent la burqa. Est-ce ou pas avec leur consentement? demande-t-on. Ou pour la prostitution. Ou à propos du viol. Mais que veut dire exactement ce mot? Quel sens lui donner? N'est-il pas le lieu d'une ambivalence? D'une ambiguité?
Geneviève Fraisse, dans un très subtil ouvrage paru en 2007, "Du consentement" (Ed du Seuil) nous fait cheminer dans ce mot, "un mot fait pour tout le monde", son histoire, son usage, son sens, Je reprends ci-dessous un article qu'elle a publié dans le Magazine littéraire, en mai 2007.

Consentir : « sentir ensemble » ? 
A l’orée de notre ère moderne, Pascal éclaire l’acte de consentir d’un  mouvement « de vous à vous-même » qui nous dit déjà tout : la volonté d’un être à la recherche d’un accord à l’intérieur de lui-même au moment d’énoncer l’accord avec l’autre. S’ouvre, en effet, le temps de l’appropriation du consentement comme signe de soi : « j’y consens » deviendra « je consens », « j’accepte » signifiera aussi« je choisis » ; et ainsi la liberté l’emportera sur l’autorité. Avec la démocratie, le consentement devint, en effet, « mutuel » comme on dit, pour le mariage, et surtout pour le divorce. Cependant, la mutualité des « oui » et des « non » entre hommes et femmes est une évidence qui ne nous fera pas oublier la dissymétrie encore affirmée par les dictionnaires : « consentante : ne se dit guère que des femmes ».
Ainsi persiste le débat sur la liberté et l’égalité des sexes, tout en annonçant la polémique à venir qui est désormais la nôtre: peut-on faire du consentement un argument déterminant dans nos décisions publiques et nos comportements sociaux, pour le port du foulard ou l’exercice de la prostitution par exemple? En bref, est-ce un argument politique ? Un argument politique suppose l’inscription de cet argument dans la représentation d’un monde commun et d’une histoire à venir. Pouvons-nous donc nous contenter d’additionner les libertés individuelles ? En admettant que nous prouvions le bien fondé politique de cet argument, une « éthique » du consentement, souvent invoqué comme l’organisation sociale des gardes fous d’une sexualité, ou d’une posture liée au sexe, serait-elle suffisante ? Pourrions-nous nous satisfaire d’une question sur l’authenticité du consentement, sur sa transparence supposée possible ou impossible ?
Ni l’éthique, ni l’identité ne sont des espaces suffisants pour la réflexion. Le politique requiert autre chose que des règles de bonnes pratiques, et des soucis de définition de soi. Le politique mêle l’individuel et le collectif. Or le mot « consentement » dit aussi bien le geste individuel que l’attitude collective. Alors le politique surgit  autrement, dans la tension entre émancipation et domination : dire « oui » ou « non » est un acte de liberté ; dire ni « oui », ni « non » peut être une attitude de soumission.
Que fait-on du consentement des dominés, et du consentement des dominants à la hiérarchie, à l’inégalité et à toutes sortes de choses socialement désagréables ?
Mes deux exemples, port du foulard et exercice du métier de prostituée, ont été volontairement choisis pour mêler les questions, loin de la religion et de la morale. Ce sont des pratiques qui n’engagent pas qu’elles-mêmes ; elles revendiquent, autant que leurs adversaires, la liberté des femmes et l’égalité des sexes. En ce sens, l’affaire n’est ni privée, ni individuelle. Elle est bien politique. Consentir : « sentir ensemble » ?

 

 
Flaubert, les bohémiens et les bourgeois, 1867 Version imprimable Suggérer par mail

Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j'ai entendu des jolis mots à la Prudhomme.
Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et très complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre. C'est la haine que l'on porte au Bédouin, à l'Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère. Il est vrai que beaucoup de choses m'exaspèrent. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton." 

Gustave Flaubert, Lettre à George Sand. Croisset, mercredi soir, 12 juin 1867 ( in Flaubert Correspondance. Pléiade. Tome 3) 

 
Réfugiés W.H. Auden Version imprimable Suggérer par mail

                                                Refugee Blues
W.H. Auden

(traduction : Francine Lacoue-Labarthe et Laurence.Kahn) 

Disons que cette ville a dix  millions d’âmes,
Certains vivent dans des demeures, d’autres vivent dans des terriers :
Pourtant il n’y a aucun endroit pour nous, mon amour, pourtant il n’y a aucun endroit pour nous. 

Autrefois nous avions un pays que nous pensions être un pays de justice,
Regarde sur l’atlas et tu le trouveras là :
Maintenant, nous ne pouvons pas y aller, mon amour, maintenant nous ne pouvons pas y aller. 

Lire la suite...
 
<< Début < Précédente 1 2 Suivante > Fin >>

Résultats 1 - 9 sur 13