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| Cahiers du Kosovo |
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Cahiers du Kosovo. Martine Storti. Editions Textuel. Septembre 2001 Plusieurs séjours au Kosovo, de 1999 à 2001 et ce journal de bord pour dire un Kosovo au quotidien, dans la compagnie que quelques femmes et hommes de Vushtrri ou de Mitrovica ou de Vidishiq, loin des stéréotypes, des représentations obligées... EXTRAITS "Comment ça s'est passé exactement, je ne le sais plus. Mais l'ai-je jamais su? Y a-t-il eu un instant particulier où quelque chose s'est produit qui a fait que le Kosovo est entré dans ma vie dans le courant du mois d'avril 1999, et qui ne m'a plus lâchée depuis ? Quelque chose d'assez fort qui me fasse sortir de mon trou, qui rende impossible que je continue, jour après jour, à regarder les images à la télévision sans rien faire. Est-ce cette accumulation d'images et de récits, ce que certains ont dénoncé comme un matraquage médiatique, qui a été décisive ou bien telle ou telle séquence particulière, telle celle de cette infirmière d'une organisation humanitaire pleurant devant l'enfant qu'elle tenait dans ses bras et qui avait vu, nous disait-on, sa jeune soeur brûlée vive, ou encore une autre, celle d'un homme avançant péniblement sur un chemin enneigé et tirant sur une couverture une vieille femme qui ne pouvait pas marcher? (...) Aux meurtres, aux viols, à la déportation, à l'apartheid, s'ajoutaient le vol des papiers d'identité, l'arrachage des plaques d'immatriculation des voitures. Je n'ai jamais, pour ma part, considéré que les Albanais étaient victimes d'un génocide. Mais cette destruction délibérée de l'identité administrative signifiait clairement la volonté d'une expulsion sans retour, attestait que des milliers de femmes et d'hommes n'avaient pas le droit de vivre là où ils étaient nés, qu'ils étaient de trop, peut être pas sur la terre entière, mais assurément sur celle-là. Cette négation identitaire a été l'élément qui m'a le plus troublée, même si d'autres raisons ont joué aussi : le fait que cette guerre se passait en Europe, à deux heures d'avion de Paris, comme on ne cessait de le répéter ; que la France y était engagée, ce qui la faisait rompre, enfin, avec la politique d'indulgence à l'égard de la Serbie qu'elle avait manifestée pendant les guerres de la dernière décennie dans l'ex-Yougoslavie ; que l'intervention militaire de l'Otan paraissait si mal pensée, sans objectifs clairement affichés, qu'on pouvait craindre qu'elle n'aboutisse pas.
Pour la première fois, l'interprête serbe est descendue de voiture, elle aussi grimpe jusqu'à la maison dont il ne reste que quelques pans de mur. En face des décombres, à quelques mètres, une cabane faite de rondins de bois, avec un toit en tôle ondulée recouvert de paille. Qu'était-ce avant ? Une petite bergerie? Un poulailler ? Maintenant c'est dans cette cabane que cette famille de sept personnes - deux parents, deux grands-parents, trois enfants - vit depuis son retour d'Albanie(...) Je reste stupéfaite. L'ONU, le HCR, la KFOR, Trois cent cinquante ONG présentes au Kosovo, et ces gens qui vivent comme des bêtes, à qui une tente n'a même pas été distribuée et qui se nourrissent de pain et du lait d'une vache"(...)
(...) Je suis assise à côté de Rizah, et quand la musique s'interrompt, c'est comme si notre conversation de l'après-midi se poursuivait : "mon père était mineur, chaque jour il allait à pied de Pasoma à Trepça, une vingtaine de kilomères aller-retour, ensuite, quand il a pris sa retraite, il est devenu jardinier à Mitrovica, il est mort en 1992 (...) Ma mère a disparu, je ne sais pas où elle est, je ne sais pas si elle est morte ou vivante, elle habitait Vushtrri, elle avait quitté sa maison pour rendre visite à mon frère, à la sortie de la ville. Elle était chez lui quand les Serbes les ont obligés à partir, les autobus étaient bondés, elle n'a pas pu monter dans celui où est monté mon frère, depuis, on ne l'a plus revue, on ne sait pas ce qui lui est arrivé, j'ai donné son nom à tous les organismes qui cherchent les disparus, elle avait 76 ans, elle n'était pas en très bonne santé, je pense qu'elle est mortemais je ne sais pas si elle est morte au Kosovo ou en Macédoine, en Albanie ou ailleurs, je ne sais pas si elle est morte d'une crise cardiaque ou si elle est morte massacrée, vous savez, il y a beaucoup de familles qui ont des disparus, on attend, on attend de savoir, on ne sait rien..." Ouvrage publié en albanais (traduction de Lemane Kullashi) aux éditions Libri Skhollar (Pristina. 2003) sous le titre "Ditar nga Kosova Urgjenca për shkollën". La presse à propos de "Cahiers du Kosovo" (extraits) : Nicolas Truong, Le Monde de l'éducation, octobre 2001 Michel Rouger, Ouest France, 20/21 octobre 2001 Alain Decaux, Le Figaro littéraire, 15 novembre 2001 Agnès Muller, Les dernières nouvelles d'Alsace, 25-26 décembre 2001 Mouv'ance, novembre 2001 Joël Hubrecht, Esprit, décembre 2001 Jean-Paul Champseix, La Quinzaine littéraire, 1-15 janvier 2002 Marie-Louise Bernasconi, Réforme, 7-13 février 2002 Gilles Wolfs, revue Le détour, 2003
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