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Gardons nos lampes allumées |
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Gardons nos lampes allumées" (1)Entretien réalisée (entre mars et juillet 2011) par Sylvie Duverger et mis en ligne sur Bibliobs « Féministes en tous genres » avec Martine Storti, présidente de l'association « Quarante ans de mouvement » Sylvie Duverger : Comment définiriez-vous le féminisme ? Je vais le définir par ses objectifs. Le féminisme vise à obtenir pour les femmes l'égalité et la liberté. Les deux sont indissociables. Et de même importance. En disant cela, le féminisme dit qu'il ne doit pas y avoir de discriminations liées au sexe, ou bien qu'il n'y a pas un rôle social des femmes parce que femmes, ni non plus une idée du « féminin » qui serait intemporelle, anhistorique. Le féminisme est donc un mouvement politique, en ce sens qu'il a à voir avec l'organisation de la cité, avec le rapport entre les sexes. Votre ouvrage Je suis une femme, pourquoi pas vous ? rassemble les articles que vous avez écrits entre 1974 et 1979 pour Libérationsur « le mouvement des femmes ». Vous y republiez également des entretiens avec Luce Irigaray (2), et vous y témoignez d'un intérêt certain pour les thèses de la philosophe et psychanalyste différencialiste. En outre, celui de vos articles qui concerneQuestions féministes (3) donne à penser que vous estimez que la différence des sexes résiste à ses déconstructions féministes matérialistes. Vous vous définiriez vous-même comme une féministe différencialiste, en quête d'une féminité authentique, à (re)trouver ou à créer en deçà ou au-delà d'une féminité-mascarade confortant le phallogocentrisme ? Qu'il y ait « de la différence des sexes » me paraît une évidence ! Qu'il y ait une « féminité de mascarade », pour reprendre votre expression, est une autre évidence. Mais de là à dire qu'il y a une vraie féminité, une féminité véritable à faire advenir, c'est un pas que je ne franchis pas. Je pense qu'il y a plusieurs manières d'être femme (et d'être homme aussi bien) et que personne ne peut dire ce qu'est ou serait la vraie féminité, la féminité véritable. Il y a évidemment une histoire de la féminité, il y a une histoire de la masculinité, ainsi qu'une histoire de la différence des sexes.Cette question de la différence, de surcroît, est vite un piège. En effet c'est au nom de la différence qu'on a justifié (à bien des égards on continue) l'inégalité, pour les femmes, mais pas seulement. Ainsi dans le travail, telle ou telle qualité considérée comme « féminine » pour assigner à telle tâche ou tel métier ; ou encore la grossesse, la maternité, comme raison des inégalités de salaire ou de carrière ; et même dans des lieux où l'on pouvait penser que cela n'arriverait pas. Á titre d'exemple, l'épisode récent (mars 2011) d'une inspectrice pédagogique n'informant pas une enseignante de la vacance d'un poste en khâgne avec le motif suivant : « Ce poste demande une énorme charge de travail très peu compatible avec le métier de mère de famille (même si les choses évoluent c'est très lent), je ne l'ai donc signalé qu'à des collègues hommes ou des collègues "femmes" sans enfant... ». La maternité si souvent glorifiée est cause de discriminations dans un même mouvement, tandis que le métier de « père de famille », lui, n'est nullement un obstacle puisqu'on peut facilement s'en décharger sur une autre !Il faut à la fois pouvoir affirmer des différences et faire que ces différences ne soient pas des alibis à l'inégalité. C'est aussi parce qu'il y a de la différence - et qu'elle est incontournable - que la liberté est indissociable de l'égalité. |
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Le feminisme à l'épreuve des mutations géopolitiques |
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Mon intervention lors du congrès international : Le féminisme à l'épreuve des mutations géopolitiques (Décembre 2010) Ce congrès se tient dans le cadre des « 40 ans du MLF », anniversaire célébré au long de cette année 2010. Il n’était pas écrit à l’avance que les 40 ans du MLF serait objet et sujet d’un anniversaire. A-t-on fêté les 10 ans, les 20 ans, les 30 ans ? Non, tandis qu’à chaque décennie revenait la célébration de mai 68. Il y a eu les « 40 ans du MLF » parce que quelques-unes l’ont décidé. C’est ainsi : les « 40 ans » furent avant tout le fruit d’une décision. Et parce que cette décision a été prise, d’autres, nombreuses, multiples ont suivi : décisions de faire des expositions de photos, de projeter des films et des vidéos, d’écrire des livres, de réaliser des documentaires, des émissions de radio et de télévision, d’organiser des débats, des journées d’études, des rencontres, de se rassembler dans les rues ou sur une esplanade, de créer un blog, de faire des fêtes ou, nous y sommes, de se réunir en congrès. |
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La somme de nos lâchetés particulières |
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Article paru dans Libération du 21 février 2009 "La somme de nos lâchetés particulières" Samedi, "Monsieur le flic..." Le héros du dernier film de Costa Gavras, Eden à l'Ouest, prépare son entrée en France en apprenant la langue de ce pays qui, espère-t-il, va l'accueillir à bras ouverts. Il s'exerce notamment à dire correctement : "merci monsieur l'agent". Sage précaution. Mon père, lui, a appris le français sur le tas, c'est-à-dire à l'usine, dans les bistros, les dancings. Un jour, pris alors qu'il conduisait sans permis et qu'il voulait se montrer vraiment poli et respectueux, il ne cessa de répéter, "oui, monsieur le flic", " merci monsieur le flic", n'ayant jamais entendu parler de la gente policière autrement que sous l'appellation de "flic". |
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A propos de l'identité nationale... |
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Extrait de mon livre : "Un chagrin politique" 1996. Où il est question d'identité nationale et d'identité française... Etait-ce parce que j'étais moi-même fille d'immigré que j'ai vécu cette question comme une affaire personnelle? Sans doute. Encore que je fasse partie de ceux qui jugent qu'il y a des principes pour lesquels il faut se battre, même si leur mise en cause ne renvoie pas à une situation personnelle. Je n'ai jamais eu à souffrir d'avoir un père italien. Mais il est vrai qu'en entendant les propos sur les immigrés d'aujourd'hui, je ne pouvais m'empêcher de songer à ceux tenus avant-guerre à l'égard des immigrés italiens, ou aux émeutes anti-italiennes dans le sud-est de la France à la fin du siècle dernier. Ni aux réflexions entendues par ma mère lorsqu'elle épousa mon père, un « macaroni ».
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En italien, il ne parlait jamais...Septembre 2009 |
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Vient de paraître un livre collectif
Enfants d'Italiens, quelle(s) langue(e) parlez-vous? Textes et témoignages recueillis par Isabelle Felici et Jean-Charles Vegliante J'y figure avec un court texte "En italien, il ne parlait jamais". Il ne parlait jamais italien. Sa langue maternelle à lui, qui est pour moi une langue paternelle, il ne la parlait jamais. En tout cas pas à la maison. Il avait ses raisons. "Votre mère est française, répétait-il à ses filles, vous aussi vous êtes françaises, vous allez à l'école française, l'italien, ça vous troublerait, ça vous empêcherait de réussir". Pensait-il vraiment cela? Je ne saurais le dire, même si j'ai la certitude qu'il appartenait à cette sorte d’immigré qui considère qu’un étranger doit s’intégrer, s’assimiler, se fondre dans son pays d’adoption, ne pas se distinguer. Aucune affirmation communautaire en effet de sa part, aucune revendication d’italianité, aucune culture d’une différence. Et même pas de contacts privilégiés avec d’autres Italiens. Ainsi je n’ai jamais entendu parler dans mon enfance des communautés italiennes présentes dans la région parisienne, par exemple celle, pourtant importante et géographiquement proche, d’Argenteuil, commune voisine de Colombes, où nous habitions. Peut-être avait-il aussi d'autres raisons que celles qu'il affichait, une paresse ou plutôt une fatigue, après les longues journées passées à l'usine, qui lui ôtait l'envie d'apprendre à ses enfants l'italien ? A moins qu'il n'ait pas eu le désir de parler avec sa famille française une langue qui le renvoyait à un pays qu'il avait, un jour, décidé de quitter? |
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